Perles du 911

Perles du 911

Délire pyroclastique sur les nuages des effondrements

Certaines vidéos prétendent révéler le caractère "pyroclastique" des nuages de poussières provoqués lors des effondrements des Tours Jumelles et du WTC7 le 11 septembre 2001.

 

Lors de son interview par Alex Jones en 2008, Richard Gage raconte à 12:05 :

 

L'immeuble [WTC7] s'effondre sur lui-même et provoque un énorme déferlement de poussière pyroclastique découpé en chou-fleur.

 

 

La vidéo Loose Change Final Cut n'est pas en reste, à 01:14:38 : 

 

Le béton et pratiquement tout à l'intérieur des tours fut pulvérisé au moment de la chute, excepté le métal. Ce matériau pulvérisé créa des nuages de poussière pyroclastique, qui envahirent toutes les rues de la ville, couvrant le bas de Manhattan d'une couche de poussière fine.

 

Les nuages de poussière pyroclastique apparaissent habituellement à deux occasions : des éruptions volcaniques et des démolitions contrôlées.

 

(Mont St Helens, 7 août 1980. Image semblable à celle montrée dans la vidéo)

 

Mais la palme de l'imposture pseudo-scientifique par comparaison purement visuelle revient aux réalisateurs de 911 Mysteries, à 39:06 :

 

Coulées pyroclastiques

 

Alors que les tours s'effondrent, Manhattan s'assombrit. L'air se remplit de nuages, de poussières et de cendres. Qu'est-ce qui a produit ces immenses masses de poussière en forme de choux-fleurs qui se déplaçaient avec lenteur ?

 

 

Effectivement, un building de 110 étages vient d'être réduit en un million de tonnes de gravats. Mais y a-t-il quelque chose dans notre expérience que nous puissions comparer à cet événement ? Un volcan. Le site web du Service d'études géologiques américain nous fournit une définition d'une coulée pyroclastique : "une avalanche de fumée, de gaz brûlants et de débris qui se répand au sol."

 

La cheminée de gaz qui s'élève est clairement visible sur cette photo de l'implosion de la tour nord avec des coulées pyroclastiques entre les buildings :

 

 

La forme en chou-fleur des nuages de débris est un signe révélateur de coulées pyroclastiques générées par d'énormes explosions typiques des éruptions volcaniques et des démolitions contrôlées :

 

 

Une coulée pyroclastique peut aussi se déplacer sur l'eau grâce aux gaz chauds qui transportent les débris générés par l'énergie explosive :

 

(La Soufrière, ile de Montserrat. Image semblable à celle montrée dans la vidéo)
 

Ici, l'implosion de la tour sud a créé une coulée pyroclastique qui se déplace sur l'eau de la rivière Hudson :

 


(image semblable à celle montrée dans la vidéo)

 

Une éruption volcanique produit exactement le même type de cendre épaisse, alourdie par des débris expulsés par une gigantesque explosion interne.

 

(Mont St Helens, 22 août 1980. Image semblable à celle montrée dans la vidéo)

 

 

Sur la base de ces comparaisons purement visuelles des nuées, une tempête de sable pourrait être également qualifiée de "pyroclastique" :

 

(base militaire d'Al Asad, Irak, 27 avril 2005)

 

Plus fort encore, le mot "pyroclastique" pourrait s'appliquer aussi aux avalanches de neige poudreuse :

 


Certains rétorqueront que, dans les stations de sports d'hiver, les avalanches sont déclenchées par des explosifs. Mais il se produit également des avalanches non contrôlées, ce qui semble être le cas dans cette vidéo enregistrée à Val d'Isère :

 

Les effondrements de pans entiers de falaise provoquée par un phénomène naturel, l'érosion, produisent également des nuages de poussière en forme de chou-fleur. On observe même des signes précurseurs de ces effondrements imminents :


(Saint-Jouin-Bruneval, en Seine-Maritime)

 

Cornwall (Angleterre)

 

Il est intéressant d'observer aussi la formation d'importants nuages de poussière en forme de chou-fleur dans le cas des démolitions contrôlées par vérinage, alors que ce procédé n'utilise pas d'explosif :

 


 

Autrement dit, la forme en chou-fleur de ces nuées de particules n'a jamais été la marque d'une température élevée ni d'explosions, mais plutôt celle de turbulences provoquées par le mouvement d'une masse considérable de gravats, de poussières ou de neige.

 

Les réalisateurs de 911 Mysteries ont pourtant correctement rappelé la définition du terme pyroclastique : "une avalanche de fumée, de gaz brûlants et de débris qui se répand au sol." Mais ils ont zappé l'adjectif brûlantsFurura-Sciences nous indique une définition plus précise de ce mot :

 

Mélange à haute température (plusieurs centaines de degrés Celcius) de gaz volcaniques, de vapeur d'eau et de particules solides (fragment de lave, de scorie, de ponces, de lithiques…), relativement dense, qui s'écoule à grande vitesse (au départ à plusieurs centaines de km/h) au voisinage du sol, fortement soumis à la gravité et guidé par la topographie avec un flux plutôt laminaire. Ce type d'écoulement résulte souvent de l'effondrement d'un panache volcanique.

 

Les coulées pyroclastiques sont dangereuses, à cause de leur température et de leur vélocité très élevées. Elles ne donnent aucune chance de survie à toute personne piégée par de type de nuage, les alvéoles pulmonaires étant brûlées instantanément.

 

Ce fut le cas à Pompéi en 79 avant JC :

 


(Source)

 

Et plus récemment, le 9 mai 1902, à Saint Pierre (Ile de la Martinique), lors de l'éruption de la Montage Pelée qui a fait environ 30000 victimes :

 

Eruption Montagne Pelée.jpg
(Source)

 

Mais aussi lors de l'éruption du Mont Unzen (Ile de Kyushu, Japon) le 3 juin 1991, dont on compte parmi les 43 victimes le célèbre couple de vulcanologues Maurice et Katia Krafft :

 

 

Fort heureusement, dans le cas des effondrements des 3 tours le 11 septembre 2001, les nuages n'étaient pas d'une température élevée. Les milliers de new-yorkais ont certes été incommodés par ces nuages de poussière nocive, mais pas tués sur le coup. Si ces nuées-là avait eu un caractère "pyroclastique", le nombre de victimes aurait été nettement plus important :

 

 

 

On peut également remarquer que les rues de Manhattan-sud étaient jonchés de feuilles de papier même pas brûlées :

 

 

Quoi qu'il en soit, un nuage de poussière pyroclastique est-il la signature d'une "démolition contrôlée" ? Des contributeurs de Rue89 se sont renseignés auprès d'ingénieurs en travaux publics spécialisés dans la démolition contrôlée. Ils assurent ignorer le sens de l'expression "nuage pyroclastique" : "Nuage de poussière, oui, je connais. Nuage pyroclastique, non, c'est n'importe quoi", précise Patrick Barbiche, directeur de la Cerdem, entreprise de démolition contrôlée.

 

L'expression s'applique en vulcanologie, mais pas dans le domaine de la démolition contrôlée. Les conspirationnistes sont les seuls à associer le mot pyroclastique avec la démolition contrôlée. Parmi ces gens-là, j'ignore qui est à l'origine de la bourde de l'emploi du mot pyroclastique ; mais, comme souvent, quand l'un deux innove dans le galimatias pseudo-scientifique, d'autres le suivent sans vérifier à la source. L'emploi de ce joli terme scientifique - et peu connu du public - leur sert au moins à donner une impression d'érudition. Mais il révèle surtout un caractère récurrent chez les charlatans : la pédanterie.

 

 

Voir aussi :

 

 

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31/12/2012
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